Entretien avec Alec Soth

Alec Soth est un photographe américain né en 1969 à Minneapolis, où il vit et travaille toujours. Depuis les années 1990, il construit une œuvre qui l’a imposé comme l’une des figures majeures de la photographie contemporaine. Reconnu internationalement, il est salué pour ses photographies d’une intensité rare, traversées en filigrane par des réalités sociales et politiques profondément ancrées dans le territoire américain.

Membre de Magnum Photos depuis 2008, il développe des projets au long cours, souvent pensés sous forme de livres devenus emblématiques - Sleeping by the Mississippi, Niagara, Broken Manual, Songbook ou encore A Pound of Pictures. Cette réflexion se prolonge dans Advice for Young Artists, où il partage avec franchise ses doutes, son processus de travail et son goût pour l’expérimentation, une manière généreuse de rendre visibles les coulisses de la création et une réflexion sur la création à différents âges de la vie, explorant les liens entre photographie, temps et vieillissement.

Dans le même esprit d’ouverture, il a fondé en 2008 Little Brown Mushroom (LBM), une maison d’édition basée à St. Paul (Minnesota) dédiée à l’expérimentation autour du récit visuel, à travers des projets de publication et de transmission menés avec des artistes, photographes, auteurs et designers du monde entier. Il prolonge parallèlement ce travail de veille et de partage au quotidien sur Instagram, via son compte littlebrownmushroom.

En France, l’exposition Gathered Leaves, présentée en ce moment aux Champs Libres à Rennes jusqu’au 8 mars, offre une occasion précieuse de découvrir réunis ses premiers grands projets, dans une traversée qui met en lumière la cohérence et l’évolution de son regard. Le public français avait déjà pu découvrir son œuvre au Jeu de Paume en 2008.

Nous avons rencontré Alec Soth en ligne, depuis Minneapolis, pour évoquer son parcours et les questionnements qui traversent aujourd’hui sa pratique, lors d’un échange généreux et sans détour.


Monark - Le Mag
Bonjour Alec, merci beaucoup de prendre le temps de discuter avec nous. Avant d’aborder votre travail, j’aimerais commencer très simplement. Avec tout ce qui se passe actuellement à Minneapolis aux États-Unis, et plus largement dans le monde, il y a un sentiment d’instabilité permanent. Comment vous sentez-vous aujourd’hui, dans ce moment précis ?

Alec Soth
Cela ressemble vraiment à des montagnes russes. Il y a eu des nouvelles aujourd’hui à Minneapolis : l’ICE serait en train de se retirer, ce qui est incroyable, presque inespéré. D’un côté, c’est une excellente nouvelle, quelque chose qui redonne un peu d’air. Mais en même temps, cela crée une forme de dissonance émotionnelle assez étrange.

Nous étions justement sur le point de lancer une édition imprimée pour lever des fonds (NDLR : une initiative portée par Little Brown Mushroom, la maison d’édition fondée par Alec Soth, dont la vente de tirages en édition limitée est intégralement reversée à l’Immigrant Rapid Response Fund, un fonds coordonné par la Women’s Foundation of Minnesota pour soutenir les communautés immigrées particulièrement affectées par les politiques migratoires récentes). Le projet continue, mais nous devons revoir entièrement la manière dont nous le présentons. La réaction des gens, leur manière de donner, de s’engager, change immédiatement en fonction du cycle médiatique. Nous nous dépêchions parce que la presse avait déjà tourné la page : le Super Bowl, Epstein… L’attention s’était déplacée ailleurs. Il y avait donc un sentiment d’urgence à agir pendant qu’il restait encore un peu de visibilité. Les dégâts économiques, eux, sont déjà bien réels.

Alors oui, c’est une nouvelle formidable, mais elle arrive à un moment très particulier. Et au-delà de Minneapolis, ce qui se passe actuellement aux États-Unis me semble presque inconcevable. J’ai du mal à croire que nous ne suivions plus la Constitution comme nous le devrions. Je ne suis pas optimiste, pas vraiment. Et pourtant, la réaction de Minneapolis a été remarquable : une forte mobilisation, un véritable esprit communautaire. Cela m’a donné une lueur d’espoir, fragile mais sincère. Tout cela est difficile à formuler. C’est beaucoup à porter en même temps.

Monark - Le Mag
Votre exposition Gathered Leaves est actuellement présentée aux Champs Libres à Rennes. Le titre renvoie à la fois aux “leaves” comme pages rassemblées, et à un écho poétique à Song of Myself de Walt Whitman. Mais en parcourant l’exposition, il m’a immédiatement ramenée au Minnesota, de manière très concrète et presque charnelle : ces feuilles d’automne que l’on ratisse pendant des heures, que l’on entasse, dans lesquelles les enfants sautent ou se cachent. Je ne sais pas si cette image était présente dans votre esprit au moment de choisir le titre, mais elle m’a conduite à me demander : qu’est-ce que le Minnesota vous donne, artistiquement et émotionnellement ? En quoi le fait d’y être né, d’y vivre encore aujourd’hui, façonne-t-il votre manière de regarder le monde ?

Alec Soth
C’est drôle, parce que justement hier j’écrivais une lettre à quelqu’un et nous parlions d’identité. Aux États-Unis, il y a cette tendance à vouloir remonter à ses origines pour comprendre qui l’on est. On cherche dans ses racines, dans sa généalogie. J’ai même fait un test ADN. J’étais persuadé, par exemple, d’avoir des origines juives, je le pensais vraiment. Et puis les résultats sont arrivés : encore plus nord-européen que je ne l’imaginais. Suédois, Norvégien, Anglais… Il m’est donc parfois devenu difficile de dire simplement : « Je suis américain. » Cette identité-là peut sembler abstraite, presque fragile. En revanche, ce que je ressens très clairement, c’est que je suis Minnesotan. Je me sens profondément de cet endroit.

Le Minnesota est souvent perçu comme un territoire froid, et c’est vrai, il peut être extrêmement froid. Mais c’est aussi un lieu d’une luxuriance incroyable. L’été, tout devient intensément vert. Il y a de l’eau partout, des arbres partout. Cette densité, cette abondance végétale, je la ressens très fortement. Et je pense que cela a influencé ma manière de voir.

Walt Whitman était un poète luxuriant, expansif, presque débordant. Dans son cas, il parlait de l’herbe, mais il y a cette même sensation de plénitude. Le titre Gathered Leaves contient évidemment l’idée des pages, mais aussi cette dimension organique. Peut-être que cela peut sembler un peu prétentieux d’évoquer Whitman, mais ce qui m’intéresse surtout, c’est la capacité d’un titre à ouvrir des lectures multiples.

Depuis le début de ma carrière, avec Sleeping by the Mississippi, par exemple, j’ai cherché des titres qui ne soient pas purement descriptifs, qui ne figent pas l’image dans un cadre documentaire trop strict. J’aime qu’il y ait une part d’évocation, une possibilité d’interprétation personnelle.

Je ne sais pas si j’avais précisément en tête l’image des feuilles d’automne que vous décrivez, mais votre lecture me paraît juste, et surtout elle me plaît. Parce que l’un de mes objectifs a toujours été cela : permettre aux images d’être interprétées différemment. Là où le photojournalisme cherche souvent à montrer quelque chose de précis, moi je cherche plutôt à laisser de l’espace.

Monark - Le Mag
Votre travail est profondément ancré aux États-Unis, pas seulement comme décor mais comme paysage humain et émotionnel. Qu’est-ce qui vous ramène sans cesse à ce pays ? Est-ce sa complexité, ses contradictions, ses espaces, ses habitants ? Ressentez-vous parfois le désir d’aller voir ailleurs, ou ce territoire vous semble-t-il toujours inépuisable ?

Alec Soth
C’est une très bonne question. Au début, avant que Sleeping by the Mississippi ne devienne ce qu’il est devenu, le projet était tout autre chose. Il n’était pas lié à une géographie précise. Il y avait même, dans les premières versions, des images prises en Islande. À ce moment-là, je poursuivais davantage une certaine tonalité, un esprit, qu’un territoire défini.

Mais en travaillant, j’ai réalisé qu’il était essentiel pour moi de développer une forme de connaissance profonde, presque organique, d’un lieu : du paysage, des gens, de la langue, de la culture. Non pas nécessairement de l’endroit exact où je vis, d’ailleurs, je photographie très peu dans mon environnement immédiat, mais d’un territoire suffisamment proche pour que je puisse le comprendre instinctivement.

Les États-Unis me donnent cela. Je peux les “lire”. Je perçois les nuances, les détails, les signes. Cette compréhension n’est pas intellectuelle : elle est presque inscrite dans le corps, dans les os. Si je photographiais en France, par exemple, la façade d’un bâtiment à l’angle d’une rue, cela pourrait avoir pour vous une résonance historique ou sociale très précise, que je ne sentirais pas de la même manière. J’ai besoin de cette connaissance intime pour travailler.

Et en même temps, les États-Unis restent immenses, contradictoires, parfois inconfortables. Il y a toujours quelque chose à explorer. Ce n’est jamais un territoire totalement maîtrisé. C’est peut-être cela, finalement : un équilibre entre familiarité et étrangeté. Je comprends cet endroit, mais il continue à me surprendre. Et cette tension-là, pour moi, est inépuisable.

Monark - Le Mag
Dans vos photographies, on est toujours frappé par la relation que vous semblez établir avec les personnes que vous photographiez. Le New York Times a écrit que vous aviez construit votre carrière sur une forme d’”alchimie avec des inconnus”. Vous avez vous-même décrit Sleeping by the Mississippi comme un parcours, le fleuve devenant un moyen d’aller à la rencontre des autres. Que se passe-t-il réellement pour vous dans ces moments-là ? Comment naît cette connexion ?

Alec Soth
Je suis toujours un peu mal à l’aise quand on me décrit ainsi, parce que, dans la vie quotidienne, je suis plutôt quelqu’un de distant. Si vous demandiez autour de moi à Minneapolis, on dirait probablement que je suis souvent dans mon propre monde. La connexion que permet la photographie est très particulière. Elle ne ressemble pas aux relations ordinaires que l’on entretient au quotidien. Elle a quelque chose de spécifique, presque étrange.

Il y a deux jour, je participais à un exercice. On nous demandait de penser à quelque chose de personnel, de le garder en tête, puis de circuler dans la pièce et de regarder les autres participants droit dans les yeux, en silence, en portant cette pensée intérieure. Pour certains, c’était extrêmement émotionnel, parfois même bouleversant.

La photographie fonctionne un peu comme cela. C’est une sorte de laboratoire de la connexion, et aussi de la déconnexion. Elle me donne la permission d’explorer cet espace entre les personnes, d’une manière qui serait presque impensable dans la vie ordinaire. Imaginez être dans la file d’attente d’un supermarché et demander à quelqu’un : « Est-ce que je peux vous regarder dans les yeux pendant trente secondes ? » Ce serait absurde. Mais avec un appareil photo, ce geste devient possible.

Et soudain, une rencontre très intense peut avoir lieu, parfois très brève, parfois fulgurante. Ce n’est pas l’intimité d’un proche ou d’un membre de la famille. C’est autre chose. Mais il est étonnant de voir à quelle vitesse on peut atteindre une forme de proximité émotionnelle qu’on n’atteint pas toujours avec des gens que l’on connaît depuis longtemps. C’est remarquable. Et, d’une certaine manière, extraordinaire.

Monark - Le Mag
Ce que vous venez de décrire me fait penser au regard. Dans beaucoup de vos portraits, les personnes regardent directement l’objectif. Il y a quelque chose de très frontal, presque un face-à-face. Lorsque vous photographiez quelqu’un, êtes-vous entièrement absorbé par la relation qui se joue entre vous à cet instant précis ? Ou pensez-vous aussi au fait que, plus tard, d’autres, à Rennes, en Chine, ailleurs, croiseront ce même regard ? En d’autres termes, ce regard est-il pour vous strictement présent, ou déjà destiné à circuler ?

Alec Soth
Au moment de la prise de vue, je suis entièrement absorbé par la personne qui se tient devant moi. Toute mon attention est là. Je suis quelqu’un d’assez anxieux, très conscient de moi-même. Je me demande ce que l’autre pense de moi, de ce photographe qui se trouve face à lui, de la situation elle-même. Il y a beaucoup d’énergie dans cet échange, beaucoup de tension intérieure.

Dans ces conditions, je ne pense pas à la vie future de l’image, à la manière dont elle circulera ou sera regardée ailleurs. Ce n’est tout simplement pas présent à ce moment-là.

Et puis la photographie reste un processus imprévisible : on prend énormément d’images sans savoir lesquelles fonctionneront ni comment elles dialogueront entre elles plus tard. Ce qui m’intéresse souvent, c’est précisément cette relation entre les images. Mais lorsqu’il s’agit d’un portrait, d’un face-à-face, tout se joue dans l’instant. Même si l’on reste un peu anxieux, ce qui compte, c’est ce qui se passe entre les deux personnes présentes à ce moment-là.

Monark - Le Mag
Vous parlez souvent de curiosité, d’expérimentation, mais aussi de cette idée de goof around, cette manière d’explorer, de tester, parfois presque de jouer, sans savoir exactement où cela vous mènera. Cette part de liberté, de “fun” même, semble essentielle dans votre processus. Quelle place occupe-t-elle aujourd’hui, surtout dans un contexte où votre travail est souvent perçu comme sérieux, voire sombre ?

Alec Soth
Fantastique question, et particulièrement pertinente en ce moment. Lorsque quelque chose d’important, de “newsworthy”, se produit, comme ce qui se passe à Minneapolis, il y a une attente implicite : celle que les artistes réagissent immédiatement, qu’ils produisent une réponse claire, articulée, presque stratégique. Et je me retrouve face à cela régulièrement. Des publications m’ont contacté en me disant : « Que voulez-vous faire à propos de ce qui se passe au Minnesota ? » Mais ce n’était pas une commande précise. On ne me disait pas : « Allez photographier ceci. » On me demandait : « Qu’avez-vous envie de faire ? » Et la vérité, c’est que je n’en sais rien.

Mon travail personnel vient d’un autre endroit. Même lorsque le sujet est sombre, il doit rester expérimental. Il doit y avoir une part d’errance, de recherche, presque de jeu. J’ai besoin de “goof around”, d’explorer sans plan arrêté, de découvrir en marchant. Or, dans des moments de crise, dire que l’on a besoin de tâtonner peut sembler déplacé, presque irresponsable. Cela entre en contradiction avec l’urgence du contexte. Et du coup, il m’arrive de ne rien produire du tout, parce que je ne parviens pas à formuler une intention claire à l’avance. Je n’ai jamais été très doué pour “pitcher” un projet. J’ai besoin d’être sur le terrain pour comprendre ce que je fais.

Il s’est passé quelque chose de similaire pendant le Covid. J’ai senti qu’il fallait que le travail naisse d’un autre état d’esprit, d’un autre tempo. Avec le temps, les choses deviennent plus claires, mais au départ il y a toujours cette phase d’incertitude. C’est pour cela que je me sens plus proche de la poésie que du cinéma. Le cinéma suppose un scénario, une planification. La poésie peut surgir d’un mouvement plus intuitif, plus fragmentaire. Et c’est ainsi que je travaille : en laissant de l’espace à l’expérimentation, même lorsque le monde autour semble exiger des réponses immédiates.

Monark - Le Mag
Votre travail est souvent décrit comme un voyage, à travers des paysages, des visages, des rencontres... Aux États-Unis, les road-trips sont presque inséparables de la musique : ce que l’on écoute en traversant un territoire change la manière dont on le perçoit. Si l’on découvrait vos photographies, ou l’exposition à Rennes par exmple, avec un casque sur les oreilles, que devrait-on écouter ? Un artiste, un album, une voix qui accompagnerait ce parcours ?

Alec Soth
C’est intéressant, parce que j’ai du mal à choisir une seule musique : j’aime accorder ce que j’écoute à mon humeur du moment, au paysage que je traverse, à l’état d’esprit dans lequel je me trouve.

La première chose qui me vient à l’esprit, et c’est presque embarrassant de le dire, c’est Bon Iver. C’est peut-être un peu on the nose, c’est-à-dire trop évident, presque trop cohérent avec l’image que l’on pourrait se faire de moi. Justin Vernon vient du Wisconsin, donc de cette même région du Midwest, et le lien paraît presque trop logique. Ce qui est assez incroyable, d’ailleurs, c’est que je ne l’ai jamais rencontré ni photographié. Nous avons parlé une fois au téléphone, mais jamais davantage. Nous avons émergé à peu près au même moment, nos carrières ont pris de l’ampleur en parallèle, et je me sens d’une certaine manière proche de son parcours.

Ses premiers albums étaient très sombres, très chargés émotionnellement, presque mythologiques. Puis il a complètement transformé sa manière de travailler. Il s’est réinventé, a exploré d’autres formes sonores, a gardé son travail vivant, en mouvement. J’aime particulièrement écouter ses albums plus récents lorsque je voyage : ils ont été une bande-son incroyable pour mes déplacements et, d’une certaine manière, pour mon propre travail.

Son dernier album parle beaucoup de réflexion, de retour sur son propre parcours. Il a décidé de ne pas le soutenir par une tournée, de ralentir volontairement. Et je trouve cela très fort. Je comprends ce geste. Je ressens une forme de synchronicité avec la manière dont il a façonné sa carrière.

Monark - Le Mag
Vous exposez en ce moment dans plusieurs pays, France, Chine, Etats-Unis, réunissant des projets anciens tout en ouvrant de nouvelles conversations. Cela ressemble à un moment à la fois rétrospectif et très ouvert. Sans parler d’un projet précis, vers quoi votre curiosité vous porte-t-elle en ce moment ? Qu’est-ce qui vous semble vivant aujourd’hui, quelles questions, quelles impulsions, même si vous ne savez pas encore où cela vous mènera ?

Alec Soth
Je suis dans un endroit très différent en ce moment. C’est drôle, parce que je n’ai quasiment pas donné d’interviews récemment. J’essaie encore de comprendre ce qui est en train de se passer pour moi. Je discutais récemment avec un écrivain, quelqu’un qui est à peu près au même stade de sa carrière que moi. Il me parlait de son amour pour la photographie et me disait : « Tout ce que je veux, c’est prendre des photos. Je n’ai plus vraiment envie d’écrire. » Et moi, c’est presque l’inverse : ces derniers temps, j’écris beaucoup.

Je mène un projet de correspondances avec des personnes un peu partout dans le monde. J’écris aussi davantage pour moi sous forme de journal. J’essaie de traiter, de digérer les expériences à travers l’écriture. Je ne sais pas du tout où cela me mène. Ce n’est pas un “projet sur les lettres”, ce n’est pas conceptualisé ainsi. C’est plutôt un mouvement intérieur. Ce qui m’intéresse, en réalité, c’est la manière dont les connexions humaines persistent. Souvent à travers le langage, et parfois même à travers un langage différé. Vous et moi, nous parlons en ce moment, à distance. Puis nous allons raccrocher. Je vais me lever, retourner dans ma journée. Mais cette conversation va rester en moi. Elle va continuer à circuler.

C’est difficile à expliquer, mais je m’intéresse à cette sensation : comment une rencontre, un échange, continue d’exister dans notre perception du monde, même après coup. C’est une autre manière de regarder la connexion humaine, toujours au cœur de ce que je fais, mais depuis un angle légèrement différent.

Et c’est aussi pour cela que je ne sais jamais vraiment “pitcher” ce que je fais. Si je devais expliquer cela à un rédacteur en chef, il me dirait probablement : “Vous venez de me dire… rien.” Mais pour moi, c’est précisément là que quelque chose est en train de se passer ! Je suis dans un autre état d’esprit. Ce n’est peut-être pas directement photographique, mais c’est profondément lié à ce qui m’a toujours intéressé : la relation entre les êtres humains, et la manière dont elle se transforme avec le temps.

Monark - Le Mag
Pour conclure, pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos prochaines actualités et expositions à venir ?

Alec Soth
Oui, plusieurs projets sont en cours. NEXTDOOR sera présenté à Contemporary Calgary, au Canada, du 6 février au 5 mars 2026. Une exposition intitulée Niagara Falls: Mist and Majesty aura lieu à la National Gallery of Art à Washington, D.C., du 2 mai au 20 septembre 2026. Et en 2027, une grande rétrospective sera organisée par la Fundación MAPFRE, d’abord à Barcelone en septembre, puis à Madrid.

Monark - Le Mag
Merci, Alec. C’était un réel plaisir d’échanger avec vous !

Alec Soth
Merci à vous !


Charles, Vasa, Minnesota, 2002.
© Alec Soth/Magnum Photos

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Entretien avec Lucy Kerr